jeudi 22 octobre 2015

Les équinoxes de Cyril Pedrosa ***

Énorme pavé dans la marre, ce bouquin est un très bel objet d'art, peut-être trop !

C'est un livre construit sur des digressions, des questionnements, des luttes intérieures. Pedrosa met en images et en textes de multiples personnages un peu perdus entre vie personnel chaotique et professionnel peu palpitante ; des situations et des sentiments intérieurs de la solitude que nous avons tous déjà vécu.

La construction du livre est très complexe. 4 saisons comme 4 chapitres, à chaque saison le style évolue progressivement d'un dessin classique, froid, aux couleurs pastel tristes, vers un style électrique où les lignes s'empilent et s’entremêlent, aux couleurs vives. Cette évolution du graphisme est extrêmement juste, parfaitement intégré au récit.
Ce schéma se complexifie avec deux histoires imbriquées, qui se développent en parallèle avec là encore deux styles graphiques bien différents. Pedrosa ne s'arrête pas là, il a ajouté régulièrement des courts récits sur chacun des personnages dans le roman graphique et des passages de textes plus long à chaque fin de saison, qui développe l'histoire du personnage central, celui qui fait le lien entre tous ces éléments. Franchement, c'est un peu lourd et indigeste. Ça manque de spontanéité, c'est peut-être trop cadré. Mais ça vaut le coup de se battre avec ce récit, d'aller au bout car la chute est aussi simple que juste.

La solitude et le désarroi des personnages s'effacent par hasard en un clin d’œil, une fraction de vie, une rencontre artistique, amoureuse ou fraternelle. Sauf que le hasard n'en ai jamais un. C'est l'abandon par les personnages de leur détresse, l'ouverture et l’honnêteté sur ce qu'ils sont qui les ouvrent vers les autres et le monde ; en s'éloignant de leurs peurs et de leurs démons, des vieux amis et de la famille avec qui ils ne partagent plus que l'habitude de leur présence, sans sincérité ni amour ni partage. Ils ont fait le tri entre l’essentiel et le superficiel et grâce à ce chemin personnel, ils ont construit leur heureux hasard et ils n'avaient plus qu'à saisir leur chance au vol.


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