samedi 13 mai 2017

Infinity 8 par Lewis Trondheim & Co ****

Trondheim se lance dans un nouveau projet collectif en 8 tomes. Chaque tome sera l’occasion de travailler en binôme ou trinôme avec un scénariste et/ou dessinateur à ces cotés pour construire un space opéra loufoque et complètement barré. Attention auteurs de renom aux manettes avec Zep, Boulet, Vehlmann, Biancarelli, Guibert ou encore Killofer… 

Bienvenu dans l’espace à bord de l’Infinity 8, vaisseau intergalactique. Nous rejoignons l’aventure alors que l’Infinity 8 est bloqué par un amas non-identifié et inconnu qui stoppe le voyage vers la galaxie d’Andromède. Nous allons suivre les péripéties de 8 agents de sécurité lors de 8 reboots (8 retours dans le passé) et donc 8 tomes pour mener l’enquête et reprendre la route. 

A la Trondheim, les rebondissements ne manqueront pas. Énigmes et actions seront au rendez-vous. L’univers graphique est très sympa, les personnages bien construits et attachants, les aventures palpitantes et loufoques ! Vous allez bien vous marrer en lisant Infinity 8 !




lundi 1 mai 2017

Paysage après la bataille de Eric Lambé et Philippe de Pierpont ****

Ce roman graphique commence par une séquence forte en émotions où une femme observe un tableau militaire après une bataille. Elle s'y perd. Ses souvenirs se mélangent à la scène. Elle reste figer devant celui-ci une valise à la main jusqu'à la fermeture du musée. Le ton est donné : ce sera une quête de sens.
Nous la suivons ensuite dans un huit clos, en hiver, dans un camping perdu dans la campagne française. Au fil de ses rencontres, de ses pérégrinations, et des flash-backs, le lecteur remonte le temps et retrace la trajectoire de cette femme en fuite.
Il s'agit d'un superbe roman graphique très ingénieux qui prend le temps (comme dans un excellent manga) de décrire une situation ténue, un instant de vie, un passage à vide... Nous plongeons corps et âme dans la vie de cette femme qui semble avoir tout perdu.
Absolument à lire pour la beauté du dessin, l'intelligence du découpage et la pureté de l'histoire. Somptueux !!!


mercredi 2 novembre 2016

L'arabe du futur Tome 3 de Riad Sattouf ***

Pour mieux comprendre cette chronique, vous pouvez lire celle des tomes 1 et 2 : ici

La famille Sattouf et surtout le petit Riad s'installe petit à petit dans la routine en Syrie. Avec ce tome 3, il y a moins de surprise pour le lecteur. L'enfant Riad continue de nous raconter sa vie en Syrie et celle de sa famille. Il s'habitue au pays, se fait des copains, va à l'école,  se fait des ennemis qu'il essaye d'éviter un max... Ses parents s'éloignent de plus en plus l'un de l'autre. Mais au moins dans ce tome, ils passent un peu moins pour des couillons ! Bref, c'est un peu la routine...

On s'habitue à la narration, au point de vue de l'enfant, au rythme de la série. Sans changement de pays pour ce tome 3, la série semble s’essouffler un peu. Mais en fait, l'intérêt évolue. Il ne s'agit plus de découvrir mais de suivre avec toujours la même intensité, le même humour et le soin des anecdotes, l'enfant qui s'adapte et s'habitue tout de même aux conditions les plus extrêmes. Riad a une certaine stabilité. Il ne change pas d'école, de copains, de maison pendant quelques mois, quelques années. Il s'habitue et il s'habitue mieux que ses parents. C'est l'enfance !

Le meilleur passage à mes yeux de ce tome 3 se déroule lors du retour en France de Riad pour quelques mois où il y sera scolarisé. La mise en  scène des angoisses de l'enfant qui perd ses repères est très réussi avec beaucoup de simplicité et toujours l'humour de Sattouf ! La peur d'arriver dans une nouvelle école, d'avoir une nouvelle maîtresse (même pas un maître), des nouveaux camarades, la différence culturelle ressentie par un enfant de 6-7 ans, la peur d'être le cancre... Tout y est dépeint à merveille !

J'attends le tome 4 avant certes un peu moins d'impatience que le tome 3 bien qu'il s'annonce comme un petit renouveau de la série car [ATTENTION SPOILER] la famille Sattouf s’apprête à de nouveau déménager et changer de pays ! L'aventure va reprendre, affaire à suivre...


dimanche 30 octobre 2016

Hyperbole d'Allie Brosh **

Un ouvrage très singulier entre roman graphique et recueil de blog ; Hyperbole regroupe les longues notes du blog éponyme d'Allie Brosh.

Franchement, les séquences graphiques sont extrêmement déroutantes ; un dessin simpliste, réalisé sur paint avec des fonds unis bleus ou marrons. Nous sommes au niveau 0 de l'art graphique ! Nous étions plus doués sur paint pour illustrer nos invitations de soirée étudiante. C'est dire le niveau (sans vouloir vous vexer Planchap' et Bubur) !!!

Allie Brosh revient sur son enfance, ses dépressions, son quotidien nonchalant, ses chiens et son identité... Les thèmes abordés sont touchants mais extrêmement nombrilistes. Je ne me suis absolument pas projeté ni dans le récit, ni dans les personnages... C'est un peu problématique quand il s'agit d'un blog sur la vie quotidienne... Les textes sont à peine plus soignés que les dessins sur paint !

La 4ème de couverture vente le sucés d'une surdouée de 25 ans aux 72 millions de vues, d'une auto-dérision puissante, dépeignant la condition humaine à merveille... Certes ça peut parfois faire sourire. Mais avant tout, cette jeune femme me déprime dans ces batailles perdues avec elle-même et les autres pour vivre ou survivre...

La merveille de cet ouvrage ne m'a pas transpercé le cœur... Une belle preuve que les expériences individuelles de certains ne révèlent absolument pas l'universalité de la condition humaine ! Bon peut-être aussi la condition humaine n'a rien d'universel...

Il s'agit tout au mieux d'un objet littéraire curieux et singulier : seule et unique raison de le découvrir !

son blog pour découvrir sa maîtrise de paint : http://hyperboleandahalf.blogspot.fr/


mercredi 21 septembre 2016

Polina de Bastien Vivès *****

Je me suis replongé dans cette magnifique de BD de Vivès. C'est un véritable chef d’œuvre sur la danse, l'apprentissage, la relation entre un élève et son mentor, sur les émotions, l'adolescence et les débuts de la vie adulte.

Vivès est au sommet de son art dans ce livre avec un dessin efficace, souple et énergétique pour retranscrire à merveille la gestuelle, la souplesse, les difficultés et les émotions de la danse. Son scénario et sa mise en page est centré sur Polina, une jeune étoile montante de la danse à la recherche d'elle même et de sa danse. Elle rencontre Bojinsky son mentor : un vieux prof classique, rude et intransigeant. Une véritable complicité va naître de cette rencontre pour pousser Polina au sommet de son art loin des chemins tracés d'avance.

Ce livre est riche de ces émotions. L'angoisse des débuts, la frustration des premières difficultés, la peur de l'émancipation, la fougue et les déceptions des premiers amours, le hasard des rencontres et l'euphorie de la création artistique, le respect mutuel de deux personnes qui s'aiment sincèrement ! On lit Polina d'une seule traite et quand on le referme on a les larmes aux yeux.

J'associe cette bande dessinée au film Black Swan de Aronofsky même thématique avec un traitement et une histoire très différente. Ces deux œuvres sont sortis la même année en 2011. Je vais regarder cet autre chef d’œuvre dès maintenant. Ce sera sans doute le retour d'une critique ciné sur ce blog... Affaire à suivre.



dimanche 18 septembre 2016

La Chose Typo *****

Aujourd'hui, j'ai envie de partager avec vous un superbe souvenir de vacances : un délice graphique, La Chose Typo de Clermont-Ferrand. Boutique-atelier de micro-édition typographique mélangeant carteries, livres, affiches et réalisation sur mesure !

C'est quoi la micro-édition ?

L'art d'imprimer en petite quantité : 50, 100 ou 200 exemplaires mais pas beaucoup plus. Objet d'art par excellence. Souvent l'artiste imprime lui-même ses œuvres au lieu de confier cette tache technique à une maison d'édition. Imprimer en petite quantité permet de conserver la fragilité et l'instantanéité de la création. La micro-édition favorise les interactions entre l’œuvre, l'artiste et son public. C'est une œuvre inscrite dans un moment où chaque pièce est unique car chaque œuvre est souvent imprimé traditionnellement.

C'est quoi la typographie ?

Un mode d'impression et de composition avec des caractères et formes en reliefs. Il s'agit donc de graver des caractères, des formes dans le plomb pour ensuite les assembler. On fixe le tout à une presse. Une fois les formes et caractères enduit d'encre grasse, on vient déposer un feuille de papier humidifiée et on presse le tout. On laisse sécher et voilà une page de livre, une affiche, une carte est imprimé !

C'est quoi la Chose Typo ?

Un atelier d'artistes typographiques qui créent et publient en petite quantité. Leur boutique est un lieu magique où nos yeux se perdent sur tant de trésors et de beauté. On fouille dans les bacs d'affiches. Sur les étagères on touche aux carnets, on lit les livres, et on tripote les cartes. Le papier est choisi avec beaucoup de soin. Les textes sont d'une poésie envoûtante et renversante. Quand on découvre un des objets nos sens sont en émoi. La vue en premier : éblouit par le graphisme et la composition des œuvres. Le toucher : on effleure le papier, on sent ces aspérités, les bosses et les creux de l'encre et de la presse. Votre odorat aura plaisir à distinguer les effluves d'encre fraîche et de papier. L’ouïe également : le calme et la spiritualité de la boutique vous plonge dans une ambiance féerique.

Et alors à quoi ça ressemble la Chose Typo ?

Perso, j'ai craqué pour un livre tiré à 50 exemplaires de Marie Deschamps et Xavier Zwiller : Les aquatiques dilettantes. Œuvre à deux mains où l'on suit les divagations d'un héron. Autour d'une déclinaisons d'homophonie, les artistes présentent sur chaque page un poème illustré par une linogravure de Marie Deschamps développant une posture du héron "avec un long bec, un long cou, et des longues pattes". Extrêmement visuel et poétique : la féerie opère !


Pour l'anniversaire de notre nièce (petite grenouille qui pousse) et celui de notre neveu (chasseur incontesté de poules), nous avons craqué sur des cartes à colorier !


Et juste pour le plaisir et la beauté des objets, j'ai choisi une carte poème (composition graphique autour du poème "de vous tous qui aimez") et une carte en volume de Xavier Zwiller (carte bicolore associant et découpant faussement au hasard animaux et textes).


Pour les intimes, si vous passez à la maison, vous découvrirez trois linogravures sublimes et oniriques, animalières et nuageuses.

Pour en savoir plus : http://www.lachosetypo.com/ 
La boutique est à Clermond-Ferrand au 5, rue des Petits-Gras dans une rue des rues qui descendent de la cathédrale. Le lieu en lui même est une expérience merveilleuse !


lundi 5 septembre 2016

La revue dessinée *****

Loin, très loin des chaînes d'actu en continu et des applis polluantes qui vous retransmettent en boucles les dépêches AFP sans intérêt, ce magazine trimestriel va aux antipodes de l'actu poubelle du XXIème siècle !

Ici on se pose, on prend le temps de faire son métier de journaliste, de bien choisir les reportages et surtout d'approfondir, croiser les sources, vérifier puis seulement après transmettre aux lecteurs. Et pour transmettre l'info, le revue dessinée fait les choses en grand : le principe est d'associer un dessinateur à un journaliste pour écrire chaque reportage. Le journaliste apporte son professionnalisme et sa rigueur. Le dessinateur, sa fraîcheur, de la pédagogie et son graphisme singulier.

Chaque numéro regroupe 5-6 grands reportages ou enquêtes et quelques pages ludiques de divertissements. Tout est en BD. Et vous avez le gratin du genre à votre service. Graphisme au top du top pour illustrer des enquêtes bien mûries.

Bon... Je ne vais pas vous cacher que le journal est très critique et rêve d'un monde meilleur, moins capitaliste et plus humain. Perso, ça me va très bien. Prendre le temps de réfléchir le monde autrement et peut être en refermant la revue dessinée avoir le courage de changer le monde !!!

Last but not least : chaque couverture est confié à un illustrateur qui grâce à sa patte à pour mission de faire la synthèse du numéro, de l'ensemble des reportages et enquêtes et de nous transmettre l'ambiance du nouveau numéro de la couverture à l'éditorial !

Prenons un exemple, le dernier numéro, le #12 de l'été 2016, la revue nous a servi une sublime enquête sur le nageur Alfred Nakache, nageur talentueux et mythique du milieu du XXème siècle, pris dans les méandres de la seconde guerre mondiale et de la folie de l'antisémitisme. Jorge Gonzales mélange les techniques (aquarelle, huile, crayons) pour donner matières et vie à l'enquête de François Thomazeau.
A lire également, une enquête très pédagogique sur la gestion du risque des grandes catastrophes par le grand système assurantiel.
Plus loin, une autre enquête pour faire le point sur la stratégie militaire française autour de la bombe atomique.
Puis une enquête électrique et très rassurante sur le gay paris des années 70 où l'on se délecte d'un bilan positif pour l'amélioration de la condition gay en France de décennies en décennies .
Enfin un grand reportage sur le Bhoutan et son Bonheur National Brut par Benjamin Flao. Son aquarelle paisible, nous transmet avec subtilité l'ambiance du pays et sa vision à contre courant. Il nous plonge dans un autre mode de pensée et même si rien n'est jamais parfait, on est subjugué et on rêve de l'appliquer à notre monde : le bonheur avant l'économie !
Le tout entrecoupé de diverses rubriques et petits reportages plus légers et plus divertissants. J'en suis moins friand mais c'est également de très belle facture !

Et leur site web : www.larevuedessinee.fr
 

mardi 30 août 2016

Magazine Georges ****

Un très beau magazine pour enfants qui ne les prends pas pour des couillons ! Hyper graphique, très travaillé visuellement avec des histoires, des jeux et des rubriques-à-brac en veux-tu en voilà. Tout y est ! Pas de numérotation pour suivre les parutions mais une thématique : numéro lapin, numéro moustache, numéro trompette, numéro valise... La thématique est déclinée tout au long du magazine en filigrane dans les différentes rubriques.

Au fil des numéros, vos bambins retrouveront même les aventures des deux affreux jojos Pampi et Gorri. Un peu de stabilité et de récurrence pour les accrocher avec une nouvelle histoire courte à chaque parution.

Chaque numéro commence par une histoire longue illustrée, une petite interview très rigolote du personnage principal, une histoire vraie (l'histoire de Mr Poubelle, de la Tarte Tatin ou de Niki de Saint Phalle par exemple) et la fameuse histoire courte de Pampi et Gorri ! Viennent ensuite une série de jeux et les rubriques-à-brac pour bricoler, cuisiner, découvrir un film ou un métier...

Idéal pour les 6-9 ans qui apprennent à lire, à la fois accessible, ludique, beau et intelligent. Soit tu t'abonnes, soit tu attends les compils de 4 numéros...

Et leur site web :  www.magazinegeorges.com




mercredi 17 août 2016

L'odeur des garçons affamés de Frederik Peeters et Loo Hui Phang ****

Avec un scénario aux petits oignons de Loo Hui Phang, et un dessin au style classique mais au graphisme très moderne de Frederik Peeters, L'odeur des garçons affamés revisite le western avec une intelligence et une sensibilité majestueuse. Ils reprennent les grands thèmes du genre : grands espaces, cow-boys contre indiens, expédition, troupeaux sauvage, chevaux et chariots. Mais rapidement, ils détournent le genre vers le fantastique et le mystique. On est plus chez les indiens que les cow-boys.

Un trio mal assorti, explosif et rocambolesque s'aventure dans le far-west ; chacun poursuivant sa propre quête au milieu des grandes plaines et des canyons. Un jeune photographe dandy et talentueux s'égare dans cette expédition comme pour fuir son passé. Un homme d'affaire crapuleux et grivois manipule son entourage pour faire ces petits calculs sur une future entreprise mystérieuse et effrayante. Un jeune boy faussement ingénu s'affaire autour d'eux. Entre intimité, ambiguïté et gêne, nous suivons avec délectation l'évolution de cette relation à trois...

Loo Hui Phang exploite au maximum le potentiel de chaque personnage et dévoile avec prudence chacune des ficelles d'une histoire rocambolesque, intime et fantastique au milieu du désert américain. Nous découvrons ainsi petit petit ce que chacun est venu chercher et/ou fuir dans le désert. Je m'arrête là avant de trop en dévoiler sur ce scénario d'une rare originalité.

A ce jour, c'est pour moi la BD la plus ambitieuse de l'année à ne rater sous aucun prétexte. Ce livre réconcilie les fans de grandes séries classiques et ceux de romans graphiques plus alternatifs grâce à un dessin classique mais moderne et un scenario qui réinvente les standards du western.


samedi 13 août 2016

Le Borgne Gauchet de Joann Sfar **

Pour le grand fan que je suis, la réédition du "Borgne Gauchet" par L'Association est un événement majeur et attendu depuis plusieurs années. Il s'agit d'un recueil d'histoires autour du personnage du Borgne Gauchet, un gentil dandy donjuan mousquetaire. Nous pouvons le croiser dans de multiples ouvrages de Sfar : c'est déjà plus ou moins lui, le Minuscule Mousquetaire (3 tomes) ou le capitaine de Petit Vampire (7 tomes) mais aussi dans Sardine de l'espace ou Pétrus Barbygére (que je n'ai jamais lu, et oui c'est possible !). Bref, j'avais envie de savoir ce qui se cache derrière ce livre...

Premièrement, une diversité graphique saisissante, reflet de la diversité de tons que prennent chaque épisode des aventures du Borgne Gauchet. Pour les habitués au style de Sfar constant depuis plusieurs années, vous allez être surpris de la palette de styles présents dans ce livre. Tout commence par un dessin très travaillé, fin et précis, très classique que Sfar a vite mis de côté dans sa carrière. Quelques pages plus tard, il met en œuvre un style enfantin à la ligne pure et sans fioriture, l'essentiel et rien d'autre. Ailleurs, l'encrage devient gras et se perd dans des lavis de noir et de gris qui plantent un décor sombre et pesant. Autant de style qui s'adapte au registre du chapitre de l'histoire.

Deuxièmement, une multitude d'histoires qui part la magie de Sfar ont un lien ténu mais dont il maintient une continuité mystique. C'est une histoire d'aventure et d'amour avec des passages de piraterie et du fantastique : c'est loufoque, c'est du Sfar de la première heure.

C'est impressionnant comme Joann Sfar arrive à donner vie à ces personnages dans de multiples ouvrages et diverses histoires. Des fois, ils sont au cœur de l’intrigue, parfois on les croise au détour d'une autre histoire, personnages secondaires d'un autre récit. Les personnages de Sfar apparaissent dans son œuvre de-ci de-là dans diverses histoires, divers ouvrages. Il disperse ainsi des bribes de leur existence sans jamais en perdre le fil. Malgré cette discontinuité narrative et temporelle, ces personnages restent cohérents et se construisent sans faille. Si vous remettez chaque élément dans l'ordre, ils s'imbriquent parfaitement les uns aux autres sans incohérence. Donjon co-écrit avec Trondheim reste le meilleur exemple de cette faculté à construire une histoire et des personnages cohérents en éclatant la temporalité du récit et en développant une diversité de tons et de styles à vous couper le souffle.

C'est clairement un livre poly-formes qui ravira les fans de l’œuvre de Sfar. De loin, ce livre est dispensable pour le novice mais c'est une pépite pour le lecteur au grand court de Sfar.




samedi 6 août 2016

Notes Tome 10. le pixel quantique de Boulet ***

Un tome 10 de Notes qui recueille les histoires courtes publiées sur le blog de Boulet entre juillet 2013 et juillet 2015 mais aussi une histoire écrite et dessinée lors des 24h de la BD d’Angoulême (pour plus d'explications vous pouvez lire cette article sur Trondheim).
Avec plaisir, Boulet développe un champ narratif beaucoup plus large que son quotidien sans pour autant renier ces thèmes de prédilections : science fiction, héroïc fantasy, sciences et divers souvenirs. Soyez rassurer, vous aurez toujours votre bonne dose de monstres et de dinosaures avec un peu de vacances familiales par ci par là.
A son habitude, Boulet met un peu de liant entre toutes ces notes en insérant des pages inédites sur le blog. Pour cette fois, il revient sur la grande question de toujours "qui a-t-il après la mort?". Sa réflexion dérive gentillement et détourne tous les clichés un à un.

C'est toujours un plaisir de retrouver une compilation du blog de Boulet, on se replonge dans son univers extrêmement drôle, à la philosophie simple et amusante. Le trait et les couleurs sont de plus en plus précis et réussis. Ce n'est pas indispensable mais c'est très reposant et dépaysant de lire les Notes de Boulet.


samedi 14 mai 2016

Les déserteurs héroïques de Guillaume Carreau ****

Une histoire loufoque, extravagante et ingénieuse en plein Far West américain, là où les villages se construisent en plein désert autour d'une ferme, d'un saloon, d'une banque, d'une armurerie et du shérif. Si le dessin est simple et plaisant, il a le mérite de servir à merveille ce récit déluré.

Guillaume Carreau mélange les genres avec brio. Le Far West tout d'abord où il plante le décor de son histoire. Les pionniers se préparent à une mystérieuse guerre. Le fermier du coin est bien décidé à déserter. Il s'organise et construit une folle machine pour se faire passer pour fou et ainsi échapper à l'appel. L'histoire dérive rapidement dans la folie entre science fiction et horreur. Les zombies envahissent le village qui a été détruit deux fois au cour des péripéties...Une putain d'histoire inventive aux rebondissements improbables !


jeudi 12 mai 2016

Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret de Sibylline, Capucine et Jérôme d'Aviau ***

Alphonse Tabouret est un tout petit machin qui naît un jour au milieu de la forêt sous l’œil bienveillant d'un grand monsieur. Celui-ci lui apprend plein de choses indispensables mais bon Alphonse n'est pas très reconnaissant alors le grand monsieur s'en va et laisse seul Alphonse. Alphonse part alors à la découverte de son univers la forêt. Il y rencontre rapidement la solitude et vient ensuite l'amitié.
J'adore le graphisme de ce livre. La forêt est magnifique comme une grande maison accueillante et apaisante toute en rondeur. En trois traits, les personnages sont expressifs, drôles et attachants.

Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret est un superbe conte pour enfant où chaque geste, chaque décision, chaque action des personnages les construisent, les font grandir, et les définissent. L'existentialisme pour les tout-petits.



mardi 10 mai 2016

Regarde les filles de François Bertin **

Pour une fois, c'est l'histoire et la thématique du livre qui m'ont séduit ! Une histoire autobiographique semble-t-il, autour des filles et des femmes qui entourent une vie d'homme. Mettre en image une fascination pour la gente féminine depuis l'enfance jusqu'à la paternité. La sensualité qui nous entourent chez nos mamans, nos sœurs, nos copines, les jeunes et les moins jeunes. Les premiers émois amoureux, la naissance de la sexualité et son épanouissement quelques années plus tard. J'ai adoré cette idée !

Le scenario est à la hauteur des ambitions, méli-mélo de souvenirs, d'impressions, d'images, de chocs et de désirs. Tout y est pour illustrer le rapport à l'autre sexe chez l'homme hétérosexuel. Construction de tous les jours où parfois des regards fugaces, vous laissent une emprunte éternelle et où une histoire d'amour se construit lentement au fil des jours qui passent entre passion et patience.

Graphiquement c'est un peu moins solide. Les personnages sont omniprésents évidents, mêlant plans resserrés et vue d'ensemble en plein pieds. Le découpage est juste et rythme bien le récit. C'est au niveau du dessin lui-même que ça pèche. Le trait manque d'originalité et de singularité et on remarque vite un manque de justesse des proportions pour les personnages (sans doute pour appuyer la subjectivité du récit, mais la réalisation reste maladroite).

Un livre à découvrir malgré tout, surtout si vous êtes un homme amoureux de la gente féminine !


samedi 7 mai 2016

Coeur de Pierre de Gauthier et Almanza ****

Une autre découverte des Rencontres BD en Mayenne, Cœur de Pierre de Gauthier et Almanza met en scène trois personnages principaux, chacun allégorie d'un sentiment simple : la tristesse, la joie et la solitude. Un livre jeunesse pour questionner simplement sur l'influence de l'éducation et de l’innée sur la personnalité des enfants. Une mignonne histoire d'amour triangulaire se construit au fil des pages et les allégories se confrontent entre curiosité, incompréhension et espoir.

Comme souvent, c'est le dessin et les couleurs qui m'ont poussés à ouvrir ce livre. Une belle maîtrise technique du dessin et des couleurs. Des traits tout en rondeur et en emphase pour accompagner en douceur les sentiments brutes et les confrontations rudes de l'histoire. Des couleurs en lavis à partir de crayons aquarellables et encres, poussées à leur extrême pour mieux illustrer les trois sentiments en trois ambiances distinctes qui s'installent puis se confrontent et parfois s'associent.

Une belle histoire jeunesse à découvrir et à partager avec vos bambins !


vendredi 6 mai 2016

Tu n'as rien à craindre de moi de Joann Sfar *

Une histoire d'amour complète des débuts primesautiers à la rupture douloureuse qui s'évanouit avec la rencontre suivante. Rien est oublié de la passion et des nonchalances du quotidien.

Sfar par la subjectivité de son dessin et de son scénario dépeint sans grand intérêt l'universalité de l'amour.

Un livre sans grande surprise, ni véritable saveur : un livre peu soigné dans le dessin et au thème léger. Ça tourne en rond dans la tête de Jojo et on s’ennuie un peu à le suivre ! Malgré tout, on se laisse gentiment embarquer par l'histoire mais on l'oublie aussi vite...


jeudi 5 mai 2016

Les carnets d'Esther de Riad Sattouf **

Riad Sattouf revient avec un recueil de courtes histoires déjà publiées dans l'Obs : histoires courtes inspirées par la vraie vie d'Esther, 10 ans. On retrouve le ton et le construction de La vie secrète des jeunes (3 tomes parus à L'Association). Toujours avec beaucoup d'humour, de burlesque et d'ironie, nous sommes cette fois immergés dans la vie et les pensées d'une fillette de 10 ans en 2015-2016...

Au fil des pages, on se plonge dans le quotidien d'Esther, son école, les récrées, les copines, les garçons (beurk), ses idoles et sa famille. Son père ressemble à s'y méprendre à Pascal Brutal, son frère est un abruti d'ado, sa mère une sympathique bonne à tout faire... La vie quoi !

Tout est manichéisme : les pauvres et les riches, les moches et les bombes. Bien sur mieux vaut être beau et riche pour réussir dans la vie, que tu es 10 ans ou que tu sois vieux ! Le gimmick du livre est une fascination pour les iPhones (objet vénéré et inaccessible pour Esther). Sur ce point, la publicité Apple marche aussi bien sur Esther que sur moi. Un jour, nous aurons l'objet de nos rêves !

Ça doit être génial dans l'Obs distillé page après page au fil des publications, mais le recueil est assez fastidieux à lire d'une traite, comme La vie secrète des jeunes d'ailleurs. On se marre bien, mais ce n'est pas le saint Graal de la BD.


mardi 3 mai 2016

Rencontres BD en Mayenne 2016 - Samedi 2 avril 2016 - Changé

Les 2 et 3 avril derniers se tenaient les Rencontres BD en Mayenne, un chouette petit festival de BD plutôt tourné jeunesse, très familial, situé à Changé dans l’agglomération de Laval. Les bibliothèques départementales amènent leurs jeunes lecteurs par bus complet. Ces petits marmots vont à l’assaut des auteurs jeunesses à la quête de la dédicace.


Le festival est l'occasion de présenter le gagnant du concours Bull'Gomme 53, Un prix décerné par les jeunes lecteurs de Mayenne parmi une belle sélection jeunesse, éclectique et exigeante. Vous en découvrirez certains dans les articles à paraître ou déjà parus sur le blog : Alcibiade de Rémi Farnos ou Cœur de pierre de Gauthier et Almanza. 



Pour 2015, c'est la bande dessinée Enola qui a remporté le gros lot. Nous pouvions ainsi découvrir lors du festival, une belle exposition autour de cette BD, présentant des planches originales, des crayonnées, la mise en couleur, leurs auteurs et leur méthode de travail. 


Le festival organise de nombreux ateliers pour les enfants autour du dessin et de la construction d'une planche de BD. Une fresque géante est à peindre sur les 2 jours pour les marmots.

Vous allez me dire que je suis un fan invétéré de BD pour me déplacer parmi tous ces petits crieurs... Oui, certes mais il y a également de belles découvertes adultes à faire. Quelques auteurs indépendants ou plus mainstream sont présents pour présenter leur livre et les dédicacer. Mes découvertes seront à découvrir dans les prochains articles comme par exemple Regarde les filles de François Bertin ou Capitaine Mulet de Sophie Guerrive. 


samedi 30 avril 2016

Alcibiade de Rémi Farnos ****

Une superbe bande dessinée jeunesse, Alcibiade est un conte philosophique sur l'émancipation, comment devenir adulte. Une histoire simple d'accès et riche de sens pour raconter les petites choses de la vie, les hasards, les décisions de chaque jour, les amitiés et les rencontres qui forgent une personnalité et son destin.

Le tout est magnifiquement soutenu par un graphisme épuré, un dessin franc et universel et des couleurs d'une justesse époustouflante. Rémi Farnos réinvente le découpage traditionnel de la BD : chaque page est construite autour d'un décor pleine page mais celui-ci est découpé en 20 cases de taille identique où les personnages évoluent de case en case pour créer la dynamique, l'histoire et le mouvement. Une idée simple et audacieuse.

S'il s'agit d'un livre pour enfant, je le recommande à tous les amoureux de dessin inventif et de contes et légendes.


dimanche 29 novembre 2015

Nungesser de Fred Bernard et Aseyn ***

Entièrement en noir et blanc, cette BD privilégie le crayonné en jouant sur des effets de gris et de patine pour renforcer la temporalité de l'histoire, celle de Charles Nungesser au début du XIXème siècle. Avec un dessin très réaliste et juste Aseyn met en image l'histoire de cet as de l'aviation pendant la première guerre mondiale. Si Fred Bernard, le scénariste laisse la part belle à ce chapitre de sa vie, cette BD s'applique à dépeindre la biographie complète de Charles Nungesser. Nous découvrons ainsi les prouesses d'un passionné de l'aviation de ces débuts fulgurants dans la pampa argentine à sa tentative dramatique de traversée de l'Atlantique en passant par ces prouesses et insubordinations de guerre. La voix d'Emilie, son amante et amour de toujours, nous suit tout au long du récit en voix off pour mettre un peu de sensualité et de recul sur l'histoire.

Charles Nungesser apparait comme un casse-cou invétéré qui vit sa vie à 200% quitte à se mettre constamment en danger. Emilie parvient tout juste à lui remettre les pieds sur terre mais jamais très longtemps. Il est aussi naïf en affaire que prodigieux dans les airs. Cette biographie réussit à merveille à retranscrire les exploits de cet homme hors du commun qu'à dépeindre les traits de son caractère ambitieux, fougueux mais aussi naïf et fragile.

Une belle réussite, un regard romanesque sur le début du siècle, la première guerre mondiale et le traumatisme post 14-18 mais aussi sur les débuts fulgurants de l'aviation boostés par la guerre.